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Sunday, April 19, 2009

PLAGIAT : SCRUPULES, EMMERDES ET CONSIDERATIONS !


Je me suis retrouvé dans la délicate position (à presque minuit, l'heure du crime, en plus) de découvrir un plagiat, il y a deux trois jours, et de confondre son plagiaire.
J'en dirais peut-être plus, ou pas, sur ce blog ou ailleurs, comme je ne suis pas concerné au premier chef, mais j'avais envie de porter à votre réflexion les mécanismes derrière cet acte qui, selon moi, à lui seul mériterait le rétablissement de la peine de mort !
J'étais donc en train de corriger une des revues à laquelle je participe quand je me rends compte que ce texte m'est étrangement familier. Arrivé à la fin de la première page, ma conviction est faite. J'ai déjà lu ça ailleurs, je sais où et en plus je connais le nom de l'auteur et du texte, pas de problème.
Je prends la traduction du texte américain, je prends le texte "original" paru en français et ça sent effectivement la grosse resucée. Le personnage d'ouverture boit du thé dans un texte, du café dans l'autre, mais sinon c'est la même chose, les noms seuls diffèrent !
J'avoue être tombé sur le cul, sur le coup (oui, les deux). Je contacte direct le traducteur de la nouvelle que je corrigeais donc, puis le rédacteur en chef de la revue spoliée, puis l'autre rédacteur en chef... Et on arrive bien à la même conclusion. Ce qu'il y a de bien avec l'imaginaire en France, c'est que finalement, tout le monde se connaît !
Donc la nouvelle de la spoliation a déjà commencé à circuler en privé et en même temps qu'on se penche sur ça, on se rend compte que le gus n'en ait a priori pas à son premier plagiat, et qu'il a déjà vandalisé au moins un autre texte du même auteur...
Et moi qui aimait beaucoup ce qu'il faisait... oui, bah je comprends maintenant !
On prend un auteur de talent, mais pas connu sous nos lattitudes, on se fait sa petite trad tranquilou, on colle son nom et on envoie ça à gauche à droite... Et ça marche, enfin, ça eût marché !
Je me demande cependant, et c'est le cœur de ce billet, comment on peut avoir le toupet de faire ce genre de truanderies. La même semaine, je taquinais gentiment une amie auteure pour sa paranoïa. Elle cherchait tous les moyens possibles et imaginables pour protéger ses textes. Apparemment, ce que disait ma Céline : "A partir du moment où l'œuvre est créé, elle est automatiquement protégée" ne lui suffisait pas.
Maintenant, en fait, ça ne me rend pas tellement plus paranoïaque que ça, personnellement. Je me dis que si on veut nous plagier, on peut toujours y parvenir, rien ne nous garantit pas, qu'en ce moment même, on ne soit pas en train de récupérer un de mes textes qui traînent, de le retoucher un peu et de l'envoyer à un rédacteur en chef ou un éditeur.
On avait déjà d'ailleurs publié un de mes poèmes sur un forum, sans rappeler que j'étais l'auteur, le pillage avait été signalé par un autre membre du forum, sans que je n'ai trouvé à redire ou intervenir :
http://forum.doctissimo.fr/sante/cannabis/flibuste-sanglante-sujet_148495_3.htm
Au moment de traduire une nouvelle de Emilia Pardo Bazán, dans Borderline n°3, "La resucitada", j'étais tombé sur un site avec un guignol qui avait mis le texte en ligne en disant en gros : regardez le chouette texte que je viens de finir avec mes petits doigts boudinés.
A cela je réponds : une décharge de chevrotine dans les testicules ! C'est tout ce que méritent les plagiaires ! Ou on leur coupe les mains pour qu'ils arrêtent leurs méfaits... Car c'est peut-être le pire des crimes, déposséder un auteur de ses rêves devenus manifestations physiques, de son intimité émotionnelle, de ses opinions, de ses personnages, de tout ce qu'il veut partager avec un public, le plus large possible, bref le déposséder de son monde intérieur !
Hum ! Non, bon restons dans le domaine de la simple considération des motifs... et rappelons-nous la leçon de l'ami Anaël, qui me disait encore récemment : "Jacques, tu n'es pas ton texte !"

Qu'est-ce qui peut bien pousser un "artiste" (en gras, les guillemets !) à spolier l'oeuvre d'un créateur. Pour qu'il y ait plagiat, il faut au moins que le plagiaire apprécie l'œuvre qu'il détourne, non ? Qu'il se dise : "Waaaoh ! Ce texte/cette chanson, c'est trop fort !"
Sans appréciation de l'œuvre, il n'y aurait sûrement pas volonté de le piller.
Mais à ce premier mouvement du cœur, doit s'en ajouter un autre, qui étouffe tout simplement l'admiration naissante, sincère : la jalousie. Peut-être aussi le sentiment de sa propre nullité.
"Comment ! Machin est arrivé à pondre un texte comme ça, à le vendre à tant, à telle revue !"
S'ensuit sûrement le classique : "Pourquoi lui et pourquoi pas moi ?"
Le ghetto de l'imaginaire en France, et j'imagine que ce doit être comme ça ailleurs, est peuplé d'âmes en peine qui barbotent dans un mélange d'auto-satisfaction et lamentations sur le mode Caliméro.
C'est toujours désagréable de se prendre un refus de nouvelle, plus encore de roman, de la part de rédacteurs en chef ou d'éditeurs, dont on se demande souvent en quoi ils sont plus compétents que nous pour juger de la qualité d'une œuvre.
J'imagine qu'à la longue, des aigris ou des rageux conçoivent de tels stratagèmes : On pique le texte d'un autre, on le retravaille un peu (ou même pas) et on le publie à son nom. Après tout, cet autre, là, est un salaud qui ne mérite pas son talent. C'est moi qui aurais dû écrire cette nouvelle !!
Est-ce que le raisonnement va aussi loin ?
Et le déni de réalité ?
Quel est le degré de conscience ou d'inconscience ? Se dire qu'on ne se fera jamais attraper... C'est un peu court, un peu naïf même. Mais ça doit effectivement marcher, dans certains cas. Par exemple, qui saurait en France de nos jours que tel texte plagié serait en fait l'œuvre d'un moldave de la fin du XIXème ? Pourtant, le risque existe toujours... Et le coût risque d'être très élevé, dans un milieu comme le nôtre où comme précisé plus haut, tout le monde se connaît (et se fait des poutous ou se bouffe le nez, mais ça c'est un autre débat).
Je suppose que sa réputation, au plagiaire qui m'a inspiré ce billet, va être carbonisée en quelques semaines... Le mouvement naturel dans le ghetto de l'imaginaire, c'est bien souvent la curée, dès que l'occasion se présente de déchiqueter un "camarade" tombé à terre. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, dans son cas précis, je ne verserais pas une larme sur son sort !
Quel est dans tous les cas le rapport du plagiaire à son plagiat, avant que le méfait ne soit éventé :
Comment peut-on en parler, si on vous demande comment l'idée vous est venue, si on essaie de vous en faire décortiquer le style et le contenu ?
Lui souhaite-t-on le plus grand public possible, ou au contraire, une diffusion restreinte, parce qu'on a honte après coup, ou un peu peur peut-être de se faire attraper ?

Enfin, comment se regarde-t-on dans la glace, après ça ?

Edit du lundi 20 avril : L'auteur français se défend en indiquant qu'il a publié cette nouvelle et d'autres sur des forums anglosaxons et qu'il aurait ainsi pu se les faire piquer. Alors, qui a copié sur l'autre ? Le plagiat existe toujours, dans un sens ou dans l'autre ! Affaire à suivre...

Saturday, January 26, 2008

Atelier d'écriture, troisième séance avec Catharsis :

J'en avais pas parlé avant, la flemme très sûrement. On fait un atelier d'écriture dans le cadre de l'association Catharsis, avec Anaël un scénariste issu de l'école CEEA. C'est très enrichissant et un peu destructeur également. Mais pour construire il faut souvent détruire avant, pour bâtir quelque chose de plus solide, de plus structuré.
J'avoue pas avoir tout assimilé, ne pas être sûr de tout avoir compris non plus, même maintenant qu'on a fait trois des quatre séances prévues pour cette année.
Le but ? Arriver la première séance avec une idée, une ambiance qu'on voudrait rendre dans un texte, éventuellement un vague synopsis, des idées jetées sur une feuille de brouillon. De là on fait des exercices pour bien cerner les structures archétypales des récits, ce qu'on va retrouver sur tout récit, notamment "quelques équations", des os de squelettes propres à l'espèce des textes :
On a un Protagoniste qui a un Objectif, mais un Antagoniste se dresse contre lui (son propre Objectif vient percuter plus ou moins frontalement celui du Protagoniste).
Après la deuxième séance, nous avions fini d'écrire notre plan pour écrire la nouvelle avec laquelle nous étions venus. Pour mon cas, ça tenait en une page et ça mettait en lumière les principaux axes qui devaient ressortir :

Incident déclencheur, noeud dramatique, point de non-retour, anti-climax, climax, résolution

Entre les ateliers 2 et 3 nous avions ensuite rédigé chacun nos textes... Là aujourd'hui, c'était une série de petits exercices sympa, toujours autour du pitch : ce résumé d'une ligne sur un texte, qui dit qui est le Protagoniste, quels sont son Objectif et son Antagoniste. Puis sur le thème et le point de vue également.
Un point en particulier, que j'avais déjà déduit en écrivant depuis le temps, mais qui m'est apparu plus clairement en travaillant cela dans l'atelier de ce jour, c'est l'intérêt pressant pour l'auteur - s'il ne veut pas que son lecteur s'emmerde - de parvenir à insérer les informations qu'il veut distiller au fil du récit, information sur l'univers mais également caractérisation des personnages, dans les dialogues et dans l'action. Et non, comme on aurait trop souvent tendance à le faire dans des introspections, réflexions, apartés du protagoniste.
L'exercice qui consiste à écrire une caractérisation d'un protagoniste à travers des actions et/ou dialogues, en focalisation externe (le narrateur ne sait pas ce que pense le personnage en question) est particulièrement formateur : essayez pour voir, c'est assez fascinant, même si ce n'est pas toujours évident ! C'est vrai que cette approche apporte beaucoup au récit, en rapidité et en concision, je suppose, quand on parvient vraiment à réussir cela.
Content en tout cas que l'on avance et qu'on apprenne, tout en étant renvoyé à nos propres capacités, notre propre univers intérieur, mais toujours avec cette idée qu'on écrit pour un public, qu'on doit avec une exigence pour se faire comprendre et parvenir aux effets qu'on s'était proposé...
Peut-être que j'aurais moi la flemme pour écrire un billet sur le dernier atelier de la saison.
Ah oui ? Pourquoi c'est rangé dans la Foire à l'empoigne littéraire. C'est que certains trouvent que ce type d'atelier ne sert à rien. En France, mais je pense que cela est en train de changer, un certain culte au mystère de l'artiste existe, assez exaspérant. Un auteur pratique une sorte de magie littéraire incompréhensible du commun des mortels, on ne va pas remettre en question son pouvoir : il ne peut pas être analysé, quantifié, disséqué : essayez et on vous balancera des mots métaphysiques, comme certains lanceraient des chapelets d'insultes !
ça donne à peu près ça : Intuition, talent, Muse, génie, "peux pas comprendre, fils d'ouvriers" (ça c'est pour celui qui a le malheur de critiquer).
C'est ce que je regrette un peu sur certains atelier d'écriture : l'impression qu'on ne cherche pas à aller jusqu'au bout de la chirurgie des mots. On doit avoir les mains pleines de camboui et/ou de sang quand on a fini d'analyser son propre texte non ? Des bouts de tripes partout, des éclats d'os qu'on a cassés à la scie égoïne. Si ça se limite à dire : "oui, j'ai bien aimé ton texte... ou ton texte est agréable, mais il ne m'a tout à fait touché (ça c'est la litote pour dire : ta nouvelle est une sombre merde, mais je peux pas te le dire car en plus d'être doué d'un égo surdimensionné quant à ton "art" tu es dépressif au dernier degré et je veux pas ton suicide sur ma conscience et ta cervelle sur ma chemise...)
Et c'est vrai que des fois (souvent), bah on a pas envie de jouer aux apprentis bouchers avec ses propres textes : c'est bien plus marrant quand c'est le textes des autres, hein ?
Mais c'est libérateur, en fait ! Content qu'on fasse ça dans nos ateliers. Enfin, si je dois vraiment me faire lyncher et pressionner méchamment pour sortir le jus attendu, qui va dans le sens de l'exercice donné, je sais que ça laissera des traces... mais on s'appelle pas Catharsis pour rien non ?
Et c'est dans la pression, quand on est poussé dans nos derniers retranchements que des déclics, des révélations se produisent. Avoir un animateur qui te fait :
"Non. C'est pas ça. Il faut que tu ailles plus loin, va encore plus loin, il faut qu'on sente vraiment le conflit, l'implication du personnage, ce qu'il met en jeu, à quel point ses intérêts percutent ceux de l'antagoniste et comment ce conflit se traduit", avoir cet animateur là qui te force à cracher des tripes sur la feuille à les mélanger à celle de ce texte que tu tritures, ça permet vraiment de vivre l'écriture !




Wednesday, June 13, 2007

Anachronisme et à-peu-prisme...

Pour rebondir sur les remarques perfides que je faisais sur la fantasy, je voulais parler dans ce billet des dangers que représentent sans conteste pour les auteurs amateurs (et parfois pas si amateurs que ça) ces fléaux que sont les anachronismes et plus généralement les à-peu-prismes.

Kesako ?

Dans mon billet " Pourquoi la fantasy, c'est nul ! ", je critiquai entre autres choses (avec beaucoup de mauvaise foi, évidemment) le côté démiurgique pour l'auteur de concevoir de toute pièce un univers de fantasy... Ce que j'assimilais à de la flemme, une volonté délibérée de ne pas se casser la tête avec l'Histoire, la sociologie, la géographie de notre bonne vieille Terre et donc de ne pas faire de recherche...

Les recherches, quand on écrit, c'est à la fois enrichissant personnellement, prenant, fascinant et des fois... pénible tout simplement...

On se dit dans un premier temps : bon, l'action se situe à Paris deuxième moitié du 19ème siècle... Alors, le personnage remonte telle rue pour aller au Père-Lachaise. Mais... Est-ce le bon nom de rue ? Et le Père-Lachaise ? Il s'appelle bien comme ça à cette date ???

Le mieux quand on est organisé (pas comme moi) c'est de faire les recherches avant de commencer à rédiger la première ligne du texte (nouvelle et à plus forte raison roman). Pour mon roman en cours, j'ai bien le plan détaillé du roman, sur plusieurs pages, je suis parti sur un Paris alternatif, mais il n'empêche que je veux coller à l'Histoire en tout cas au niveau des dates, même si je ménage de grosses différences.

On écrit, on s'emballe, on force même l'écriture pour terminer un chapitre, deux chapitres, pour se retrouver à peu près à la moitié et là on se rend compte qu'on a omis un détail qui au final revêt beaucoup d'importance quand on en prend connaissance... Ou pire, ce qu'on met en place dans le roman, ce qu'on décrit ou l'événement qu'on présente n'a pas encore eu lieu à l'époque où on le place.

Le détail omis pour le roman en cours touche au Salon des Refusés : en étendant mes recherches sur les artistes en 1863, sur l'Académie des Beaux-Arts et tout le toutim, je retrouve cette information qu'en fait je connaissais déjà et avais stocké il y a longtemps dans un coin de ma tête en passant... Information qui n'avait jamais été reconnecté avec ce que je suis présentement en train d'écrire ! Du coup, j'ai cette information, là sous mes yeux, toute palpitante, toute juteuse de portée, de signification pour ce que je suis en train d'écrire, qu'en fais-je ? J'en parle, je l'ignore ? Je l'utilise au risque de devoir retravailler tout l'équilibre de l'univers parisien alternatif tel qu'il est pour le moment ? C'est dangereux... mais c'est tellement tentant !
C'est encore parmi ce que j'aime le plus dans la littérature de l'imaginaire, que je la lise ou l'écrive : la confrontation de l'imaginaire au réel, afin de donner sa propre version, personnelle, du réel. Un monde fantastique avec des échos constants renvoyant à notre réalité. Echos distordus donnant une autre signification aux événéments tels qu'on les connaît.

L'événement anachronique : toujours le même roman, avec une douloureuse constatation... Je m'apprête à présenter un Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, qui n'existe pas encore à l'époque de la narration, en 1863... Alors ? Jusqu'à quel point je m'écarte des dates et de ce qui s'est vraiment passé ? Le fait d'ignorer au final la date de construction du Grand Amphi (courant 1880) n'est pas anodin et servirait un dessein, précipiter chronologiquement la réhabilitation du statut de la Sorbonne comme grande Université. A voir...

Ces manques de recherche ou découvertes impromptues nous amènent à repenser ce qui a déjà été écrit ou imaginé... C'est stimulant et parfois également un peu déprimant et déstabilisant.
Remettre 100 fois sur le métier son ouvrage...

Il y a ça, la rédaction sur la longueur, qui réserve des surprises et il y a également l'écriture dans certaines conditions, sans qu'on ait l'occasion d'avoir l'information sous la main, qui donne des résultats parfois surprenants ! Je m'explique : participant à un concours de nouvelles dans l'univers du Jeu de Rôles Crimes se déroulant dans le Grand 19ème siècle, je mouline afin de trouver des idées, jusqu'à me fixer sur une idée précise, un lieu et une date... Paris, début du XXème siècle. J'aime bien, même dans des textes courts, distiller quelques informations historiques qui aident à situer la narration, donnant une époque sans donner la date exacte non plus. De quoi créer une atmosphère.
J'ai d'ailleurs utilisé ce procédé pour ma nouvelle Arcimboldo le Merveilleux jusqu'à la nausée... L'action se passe circa 1592, sans que la date soit réellement 1592 : c'est une année élargie qui permet de condenser des événements s'étant passés sur la décennie et de faire se rencontrer des personnages qui en réalité ne se sont jamais rencontrés. Ils ont fréquenté la cour de Rodolphe II, mais pas exactement aux mêmes moments.
Revenons donc à la nouvelle pour le concours : "Le requiem de pierre". Je me dis : voilà, l'événement se passera juste après la mort de l'architecte du Sacré-Coeur et pour situer encore, je vais placer l'enquête dans les mains d'un Inspecteur en rapport avec la Brigade du Tigre. L'idée me séduit... Mais mais mais... Pas d'accès Internet, pas de moyen de vérifier l'info (je suis en plein sur un Salon). Bingo ! Petit anachronisme de 20 ans au moins (Paul Abadie mort en 1884, les Brigades crées en 1907...) et s'ajoute à cela que le Sacré-Coeur est loin d'être fini à la mort de son architecte, ce qui est le cas dans l'idée que j'ai...
J'arrive les mains dans les poches donc, balance l'encre sur le papier, sans donner le nom de l'architecte (je le connais pas au moment de la rédaction) et conscient d'avoir une bonne chance de me planter...
Dans l'absolu, je relativise en me disant : j'ai le droit d'écrire des conneries après tout, c'est de la littérature de l'imaginaire, voilà ! On a toujours le recours de la mauvaise foi ou de la démiurgie semi-fantasyste indignée : Bah, philistins, vous pouvez pas comprendre ! C'est un univers parallèle à notre Terre...

Et je me conclus mes réflexions en me disant : ça doit pas être facile tous les jours d'écrire du roman historique !!

Tuesday, May 22, 2007

Le Devis Perez ou l'art d'avoir un bon titre de roman !

Le dernier salon en date : "Elfic" à l'école Centrale (12 et 13 mai), a été l'occasion pour les équipes de Borderline et de Black Mamba de plancher entre autres choses sur l'efficacité à donner aux titres de ses futurs romans (à défaut de les avoir écrits, ça mange pas de pain !)

Un puissant brainstorming à quatre a permis de dégager une piste principale quant à un premier pas vers un succès ou non succès en librairie.
Il faut, vous l'aurez deviné, un titre qui frappe ! Le genre de titre qui plus qu'interpeler vous cogne et vous laisse groggy !
Analyse rapide du marché (très rapide oui même, je le reconnais) les titres composés d'un nom de personnage célèbre cartonnent :
Le Da Vinci code
Le Syndrome Copernic (dernier en date de Loevenbruck), j'en passe et des plus tartignoles

Ne restait plus dès lors qu'à s'atteler à découvrir LE titre qui allait flinguer, celui qui allait vous crever l'oeil et vous obliger à acheter une vingtaine d'exemplaires, pour vous, vos amis et les amis de vos amis.
Souvent, le titre en question a un rapport avec les supports écrits : comme Da Vinci Code...
pour ma part, je restait persuadé qu'on pouvait construire tout un roman conspirationniste autour d'un mystérieux devis fait par un mystérieux et légendaire artisan portugais !
Perez... ça pourrait être un prête-nom, un pseudo pour brouiller les pistes... et son vrai métier... quel serait-il ? Plombier ? (Franc)-Maçon (le plus probable, mais pas sûr...) ? Carreleur ? Espion écrivant un message codé dans son "devis" ? Celui auquel on fait appel pour tout déboucher, à l'amiable ou en urgence, quand les voies sont vraiment impénétrables ?
Oui parce que j'oubliais de vous rappeler, bien sûr, il faut toujours agrémenter un tel chef-d'oeuvre de révélations sur Dieu ou un de ses proches ou connaissances. C'est ce qui vous assurera un bon pactole, et éventuellement des emmerdes auprès d'une tripotée d'Eglises, mais ça après faut assumer aussi...
Voilà, j'ai l'idée de base pour mon prochain roman (qui contrairement à ce que je viens juste de dire dans l'un des billets écrits cette nuit, ne sera pas de la fantasy... mais un roman-historico-ésotérico-conspirationniste ou peut-être les deux en fait, je sais pas encore...)

Donc, le devis Perez, bientôt dans les FNAC ! Avec un dragon sur la couverture et un mec ressemblant vaguement à Mario Bros !
La fantasy, c'est nul !

Je le sais d'abord, c'est ce que disent tous les auteurs de l'imaginaire "branchés" (entendez ceux qui snobent le "commercial" et se dévouent corps et âmes à leur art... et au fanzinat).
Je le sais d'autant plus, que c'est ce que disent leurs lecteurs également, à ces auteurs éclairés.
Et enfin, je le sais vraiment, parce que j'en écris de temps en temps quand je me dis qu'il faudrait que je commette une saga du type "qui veut gagner des millions de lecteurs" et que je trouve ça nul... Donc, CQFD !
Alors, c'est bien simple, la fantasy c'est nul parce que :
Tolkien l'a TUER
C'est tout de suite moins visuel sur le papier qu'à l'écran
ça sert à rien parce que ça fait pas réfléchir le lecteur sur les grââânds problèmes de la société actuelle (type : la vocation de la bonne littérature fantastique (oui parce qu'il y a aussi une mauvaise littérature fantastique, mais j'en parlerais ailleurs...) ou les encore plus grâââânds problèmes du monde à venir (la science-fiction et notamment le cyberpunk... Bah non, pas le cyberpunk en fait, puisque je disais qu'il était mort, ailleurs sur ce blog... suivez un peu !)
Et pourquoi ça fait pas réfléchir : parce que ça "évade" !! C'est une littérature d'évasion.
C'est un truc de flemmard compulsif pas foutu d'avoir une vraie opinion sur le monde passé ou actuel et la connaissance qui va avec.
je vous le fais version courte (pas une saga en douze tome donc) : Allez, hop ! On va faire un truc médiévalisant, mais comme je m'appelle Johnson et que je connais rien à l'histoire de l'Europe médiévale et que de toute façon c'est relou parce qu'ils avaient pas vraiment d'elfes et de fées (ou si ?) , je vais créer un continent heu... L'Anarathropie, avec cinq pays. Alors, il y aura des nains, des elfes, des orcs, des gobelins, des humains. Voilà. Ils se répartiront en prêtres, voleurs, magiciens, barbares, bardes...
ça vous rappelle rien ?
Donc, pour pas cher vous vous évadez loin... en terrain archi-connu, archi-balisé.
Quelles autres raisons pleines de mauvaise foi puis-je avancer ?
Bah... des tonnes !
Stéréotypes, poncifs, scénarii, backgrounds, univers en carton-pâte... Et puis...
Les dragons !!
Aaaaah ! Les dragons... je peux plus les voir en photos... euh... en gravure, ceux-là ! c'est comme les vampires dans le fantastique classique.
Mais arrêtez, c'est pas vrai ! On devrait en faire des espèces protégées, moi, je sais pas. Les utiliser comme ça a des fins commerciales viles, les user jusqu'à la corde et nous user, nous lecteurs potentiels, au passage aussi... Aïe, aïe, aïe !!
Un dragon dans un roman de fantasy tout de suite, ça fait classe, ça fait mystérieux et ça donne un cachet ancestral, un dragon sur une couverture ça fait vendre.
Howard avait d'ailleurs, déjà à son époque écrit une nouvelle qui s'appellait quelque chose comme "L'heure du dragon" en français... sans aucun dragon dedans, juste histoire de vendre...
Quelque part, je crois, le dragon excite en nous la partie très enfantine, titille peut-être même notre cerveau reptilien pourquoi pas !
Peut-être même que ça a voir avec le réflexe de certains beaufs qui s'esbaudissent devant une belle caisse, à la belle carrosserie, au beau moteur, aux généreux airbags ! Avec un dragon on se dit : "Chouette ! ça c'est une belle bête, une valeur sûre, un animal puissant ! Aaaah ! Je m'assimile au Chevaucheur de dragons, le héros !"
Oui parce que forcément, il y a toujours un chevaucheur de dragons, bien sûr !
Allez, avouez, le dragon d'Histoire sans fin ne vous avait pas laissé indifférent à l'époque...
En fait, là, je vous parle des fameux 90% sûrement, dont parle Sturgeon (90% de daube dans tout domaine de création artistique, 10% d'oeuvres valables).
Ouais, on dira que c'est ça.
Fantasy aussi, en tout cas dans mon esprit, ça s'apparente à vache à lait, en plus de dragon.
Et hop ! Une saga en douze tomes et si ça plaît, je raconte l'histoire de la grand-mère du personnage ou son fils, ou son écuyer...
Donc en conclusion, la fantasy c'est nul, achetez-en, je compte bientôt commencer ma saga !

Sunday, March 04, 2007

Le Cyberpunk est-il mort ?

Je lance le débat, le balance comme ça dans l'arène de l'opinion publique et espère avoir des réponses éclairées de tout un chacun, des auteurs et lecteurs français et pourquoi pas d'autres nationalités (je pense à mes amis d'Espagne et d'ailleurs).

Une petite définition déjà : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyberpunk

La réflexion m'est venue en parlant avec une éditrice de l'imaginaire sur le Salon du Livre 2006, qui m'avait balancé cette assertation tout-à-trac, comme je lui parlais du cyberpunk :
"Le cyberpunk est mort." C'était sans appel.
Diagnostic ? Quand a eu lieu l'enterrement ? Son point de vue était le même que celui de Jodi, mon pote grand amateur de cyberpunk devant l'éternel, joueur du JdR Cyberpunk et de son petit frère Cybergeneration, lecteur assidu d'auteurs comme Walter Jon Williams et Gibson.
Il est mort, parce qu'il a été rattrapé par la réalité.
Voilà en substance le mobile, voilà le nom du coupable : la réalité.
Et les espagnols dans tout ça, ils sont à la masse ou quoi alors ? Ils en écrivent bien du cyberpunk, bien plus qu'en France, j'ai l'impression. Rodolfo Martinez est en plein dedans dans l'un de ses derniers romans justement, à ce qu'il semble (je n'ai pas eu le loisir de le lire), Joaquin Revuelta et Eduardo Vaquerizo en écrivent également, et récemment j'ai vu passer un texte d'un sud-américain dans cette veine. Sans parler de quelques anthologies que j'ai pu lire contenant des textes de ce sous-genre de la SF. Je crois qu'on pourrait encore multiplier les exemples.
Et les américains produisent encore. Marrant de voir que Greg Egan (australien si je ne m'abuse) semble jouir d'un certain prestige au près des amateurs de SF de la péninsule et d'une certaine considération dans les maisons d'édition de ce même genre et de ce même pays.
Au ciné, on dirait que la mayonnaise n'a pas vraiment pris, finalement... New Rose Hotel n'a pas cartonné, loin de là, Nirvana avec l'inénarrable Christophe "Highlander" Lambert offre à boire et à manger, certains aiment (moi : je suis bon public) d'autres détestent. Matrix... Euh... C'est pas du cyberpunk en fait... Si ? Non bof pas trop... il y a Avalon peut-être ? Je l'ai pas vu, ça sera à vérifier. Paraît que c'est brouillon et bordélique. Voire décevant. Il y avait bien EXistenZ, mais est-ce du Cyberpunk ? Et puis c'était pas terrible, en fait.
Faut se rabattre sur les mangas pour trouver du cyberpunk digne de ce nom : Akira bien sûr, Appleseed, Ghost in the Shell.
N'empêche. Un éditeur m'a récemment demandé ce que je pouvais lui trouver dans le domaine hispanique.
J'attends de voir ce que vous en pensez mais je dirais...
Allez...

Le Cyberpunk est mort, vive le Cyberpunk.