Friday, March 16, 2007

Sodome, Gomorrhe et plus encore...


Quand les deux anges arrivèrent à Sodome sur le soir, Lot était assis à la porte de la ville. (Genèse 19.1)

Azariel sentait la nervosité de son jeune compagnon. Uriel était né de l’éther il n’y avait qu’une centaine d’années, et malgré une formation impeccable, Azariel pouvait comprendre sa tension devant la première véritable mission qu’on lui confiait. Les mots de Yahvé seraient ce soir de feu et de mort.

— Relève-toi, Juste, dit Azariel à l’attention de Lot qui, en apercevant leur magnificence éblouissante, s’était jeté à terre.

Lot s’empressa de les inviter dans sa demeure. Cantonnée sur une petite colline, elle donnait une vision complète de la Ville du Péché.

Uriel regardait les environs en se lissant pensivement les plumes, méfiant et émerveillé à la fois. L’intérieur de la modeste habitation de Lot fut aussi source d’étonnement pour le novice. L’espace pouvait donc se limiter ainsi ? Les palais célestes s’ouvraient sur l’infini. Comment une famille comptant quatre membres, Lot sa femme et leurs deux filles, pouvaient vivre avec le bétail, dans un lieu aussi confiné ?

Azariel, comme à son habitude, restait totalement impassible. Seules les heures qu’il passait en extase, à prier au Sanctuaire, le tirait de cet état de détachement absolu commun à tous les autres Anges qu’Uriel avait pu croiser.

Il fallait peu de temps à l’Ennemi et à ses serviteurs pour se manifester, dès lors que se présentaient sur leurs domaines les Forces de la Lumière. Déjà s’entendait au dehors une légère rumeur qui allait en augmentant rapidement.

Premiers cris, premiers jets de pierre contre la maison de Lot.

Lot se leva de la table où il avait convié ses invités. Dans ses yeux brûlaient l’éclat inflexible des Justes. Il était prêt à mourir pour que triomphe sa Foi.

Mais avant qu’il se soit totalement redressé, Azariel était déjà à la porte.

— Reste donc à l’abri, Juste, que ta maisonnée se prépare à partir sur le champ. Uriel, guide-les pendant que je les contiens puis reviens m’assister.

Uriel défonça un pan de mur à l’arrière de la maison pour offrir à Lot et aux siens une échappatoire, puis, une fois dehors, il déploya ses ailes pour protéger le groupe.

Ils se mirent en route vers la montagne, et ceux qui osaient se dresser sur leurs chemins s’écroulaient, aveuglés, le crâne brûlant, explosant, terrassés par la magnificence de Uriel.

Derrière eux s’élevaient les premières colonnes de fumée de la ville condamnée et les clameurs de la bataille montaient jusqu’à leurs oreilles.

La femme de Lot, imbue de son statut de Juste, osa se retourner pour regarder l’œuvre de Destruction de l’envoyé de Yahvé, Azariel. Mais nul humain, même le plus pur, ne pouvait contempler l’inénarrable, ni épier de Dieu les mystères de sa Création et de sa Destruction.

Les Portes du Royaume s’ouvrirent en son cœur et déchirèrent son esprit, la vision qui emplissait son être était bien plus qu’elle ne pouvait supporter. Lorsque ces feux d’artifice surréel se retirèrent de son crâne avec un sourd grondement, comme une mer furieuse se retirant à marée basse, un manque terrible envahit son être entier. De grosse larmes d’amertume et de nostalgie roulèrent sur son visage tourmenté, cent mille Eden contemplés durant une seconde, venaient de lui être repris. Elle était sur un chemin poussiéreux et à pic, dans un lieu grossier, au milieu de nulle part. Uriel n’était qu’un humain de plus désormais, et son compagnon, qui massacraient à tour de bras les pêcheurs au creux de la vallée, ressemblait plus à un monstre qu’autre chose.

Les larmes roulèrent de plus belle sur les joues de la femme de Lot et les attentions de son mari n’y pouvaient rien changer. Quand l’eau de ses yeux se fût tarie, le sel continua à s’en échapper en petits cristaux tranchants qui couvraient ses traits de plaies. Puis ses pores même exsudèrent du sel et sa peau, ses muscles, ses os furent changés en cette matière. En s’écroulant au sol sous son propre poids, la statue explosa en une pluie d’éclats.

Sans même accorder un regard à ce spectacle, Uriel dit à Lot :

— Continuez seuls, car nul ne viendra vers vous avec de mauvaises intentions désormais.

Et avec une certaine exaltation, alors que Lot et ses filles, accablés de tristesse, s’éloignaient, il déploya ses ailes et fondit vers Sodome pour répandre le sang des suppôts de l’Autre et jeter à bas les murs de la cité.

Après la chute de Sodome et de Gomorrhe, Uriel parcourut encore la Création pour de nombreuses missions. Il embrasa Babylone et fit chuter sa tour en Enfer, il traqua Judas, qui avait cru pouvoir trahir le fils de Dieu en toute impunité, et il lui fit rendre gorge en faisant voler en éclats son âme comme un miroir de malheur. Partout où la présomption aveuglait le cœur des hommes et les détournait du Seigneur, partout où l’homme se prenait pour son propre dieu, il frappait, parfois subtilement et indirectement en manipulant les institutions humaines et les milices ou les révolutionnaires, mais le plus souvent avec une sauvagerie inégalée...

Tout était confus dans son crâne. Les souvenirs s’échappaient comme du sable entre ses doigts, seul un château éphémère résistait encore, menacé par la mer de l’oubli. Il avait eu un corps magnifique, fait entièrement de lumière, et son âme pouvait contenir tout le firmament... Il était la vengeance, il était le feu du ciel... ou quoi ? Seul une petite étincelle brillait encore au fond de lui, un reflet brisé d’un royaume lointain. Les autres l’avaient abandonné, lui retirant même le souvenir de leurs visages, de leurs noms, disant que telles n’étaient plus les voies de... de qui, d’ailleurs ? Mais lui savait, il entendait la voix, les mots qui le guidaient sur le bon chemin, qui comme au bon vieux temps lui indiquaient qui devait mourir et comment.

Son corps était faible et limité, car les autres (l’Autre ?), dans leur orgueil immense, avaient décrété qu’il s’était fourvoyé et lui avaient arraché ses ailes et ses pouvoirs. Son esprit était en proie aux ténèbres et à l’oubli, mais il avançait toujours sur la voie qu’on lui avait tracé, qui était sa seule raison de vivre, acharné à faire le plus possible avec le peu de moyens dont il disposait.

Il regarda une dernière fois derrière lui, vers la ruelle brumeuse où il venait d’accomplir sa mission. D’où il se trouvait, il distinguait sans difficulté le sang de la prostituée éventrée se répandre dans le caniveau, en une fuite précipitée.

Un scalpel ne pouvait pas faire chuter une ville de pécheurs, mais même ainsi...

Il prouverait à tous que sa vision, plus que millénaire, était la seule juste, aucun ne pourrait détourner les yeux de son œuvre.

Tous sauraient. Tous.

Peu à peu dans son esprit que la grâce finissait de quitter, le nom d’Uriel s’effaçait et un autre, fait de fanatisme et de plaisir sadique, commençait à se former : Jack.


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Pour la petite histoire, cette nouvelle devait paraître dans un fanzine dont malgré quelques coups-de-coude mailiques de temps à autre, je n'ai plus eu de... nouvelles... lol. Semblerait que le fanzine, dotée de la même vie fragile et délicate de papillon que nombre de ses congénères, soit en torpeur...
Je me permets donc de la mettre en ligne.
Dans la genèse de mes textes, en y repensant, je crois que c'est une des sources de ce qui allait devenir plus tard mon roman Retour à Salem. Un des textes précurseurs parce qu'il s'interroge sur les mandats divins et ce qu'ils peuvent avoir de monstrueux pour l'entendement humain. Ce que l'on pense être juste ou bon est peut-être complètement différent, à dix mille lieues de notre compréhension, de notre éthique, car issue d'une réalité qui nous dépasse complètement.

12 comments:

Yann said...

Intéressant.
Je suis néanmoins unn peu mal à l'aise par cette nouvelle. Ce qui s'est passé pour Sodome et Gomorrhe se passera encore au renouvellement de toute chose. Les choses n'ont pas changé.

Yann said...

Félicitation pour ta publi.

Jacques Fuentealba said...

Bah c'est une publi fantôme... on dirait bien !!

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